Marc 16

Marc 16, Codex Vaticanus, onciale 59 (Gregory-Aland).

Marc 16, ou encore la finale de Marc, est le dernier chapitre de l'Évangile selon Marc. Cette finale représente l'un des principaux problèmes étudiés par les exégètes du Nouveau Testament.

La problématique

Marc 16 décrit l'arrivée des Saintes Femmes aux abords du tombeau vide le surlendemain de la crucifixion. Cet épisode occupe les versets 16:1-8. Il s'achève sur le silence des femmes, qui n'osent pas annoncer la résurrection de Jésus « car elles avaient peur ». Il est suivi des versets 16:9-20, qui relatent les apparitions de Jésus ressuscité devant ses disciples et marquent la fin de cet évangile.

Or ces douze derniers versets, connus sous le nom de « finale longue de Marc », par opposition à sa « finale courte » qui s'achève en 16:8, sont considérés comme une interpolation tardive par la plupart des spécialistes. La datation et les modalités de cet ajout posent d'autant plus de questions que l'évangile marcien, rédigé vers 65-75, est le plus ancien synoptique. Les Épîtres pauliniennes, qui lui sont antérieures de 15 ou 20 ans, proclament la résurrection de Jésus-Christ mais n'en livrent pas le récit.

Marc 16 est le tout premier écrit, par ordre chronologique, qui évoque les circonstances de cette résurrection.

Les différentes finales

Corina Combet-Galland, professeur de Nouveau Testament à la Faculté de théologie protestante de Paris[1], se réfère notamment aux travaux de l'exégète jésuite Joseph Hug[2] pour répertorier les variantes de Marc 16 et en établir la datation[3].

La finale courte

Les Saintes Femmes au sépulcre par Annibale Carracci.

La première partie de Marc 16 (Mc 16:1-8) relate l'arrivée de Marie de Magdala, de Marie, mère de Jacques, et de Salomé au sépulcre. À l'intérieur, elles aperçoivent un jeune homme vêtu de blanc. « Il leur dit : "Ne vous épouvantez pas ; vous cherchez Jésus de Nazareth, qui a été crucifié ; il est ressuscité, il n’est point ici ; voici le lieu où on l’avait mis. Mais allez dire à ses disciples et à Pierre qu’il vous précède en Galilée : c’est là que vous le verrez, comme il vous l’a dit." Elles sortirent du sépulcre et s’enfuirent. La peur et le trouble les avaient saisies ; et elles ne dirent rien à personne, à cause de leur effroi[4]. »

La finale courte avec l'addition brève

Le verset 8 est suivi de : « Elles racontèrent brièvement aux compagnons de Pierre ce qui leur avait été annoncé. Ensuite, Jésus lui-même fit porter par eux, de l'orient jusqu'au couchant, la proclamation sacrée et incorruptible du salut éternel[3]. »

La finale longue

Cette finale comprend Mc 16:1-8 et Mc 16:9-20.

Le texte de Mc 16:9-20 est : « Jésus, étant ressuscité le matin du premier jour de la semaine, apparut d’abord à Marie de Magdala, de laquelle il avait chassé sept démons. Elle alla en porter la nouvelle à ceux qui avaient été avec lui, et qui s’affligeaient et pleuraient. Quand ils entendirent qu’il vivait, et qu’elle l’avait vu, ils ne le crurent point. Après cela, il apparut, sous une autre forme, à deux d’entre eux qui étaient en chemin pour aller à la campagne. Ils revinrent l’annoncer aux autres, qui ne les crurent pas non plus. Enfin, il apparut aux onze, pendant qu’ils étaient à table ; et il leur reprocha leur incrédulité et la dureté de leur cœur, parce qu’ils n’avaient pas cru ceux qui l’avaient vu ressuscité. Puis il leur dit : Allez par tout le monde, et prêchez la bonne nouvelle à toute la création. Celui qui croira et qui sera baptisé sera sauvé, mais celui qui ne croira pas sera condamné. Voici les miracles qui accompagneront ceux qui auront cru : en mon nom, ils chasseront les démons ; ils parleront de nouvelles langues ; ils saisiront des serpents ; s’ils boivent quelque breuvage mortel, il ne leur fera point de mal ; ils imposeront les mains aux malades, et les malades seront guéris. Le Seigneur, après leur avoir parlé, fut enlevé au ciel, et il s’assit à la droite de Dieu. Et ils s’en allèrent prêcher partout. Le Seigneur travaillait avec eux, et confirmait la parole par les miracles qui l’accompagnaient[4]. »

La finale doublement longue

Cette finale comprend Mc 16:1-8, l'addition brève et Mc 16:9-20.

La finale avec interpolation du logion de Freer

Le Codex Washingtonianus : Mc 16:12-17 avec le logion de Freer (IVe-Ve siècle).

Le logion de Freer, qui se trouve dans le Codex Washingtonianus, est interpolé entre les versets 14 et 15[5]. Joachim Jeremias note que ce codex présente la finale longue (Mc 16:1-8 et Mc 16:9-20) en y intégrant un dialogue entre Jésus-Christ ressuscité et ses disciples : là où en Mc 16:14 les reproches de Jésus quant à leur incrédulité sont immédiatement suivis par l'envoi en mission, les disciples rejettent la responsabilité sur Satan et invoquent la parousie[6]. Le Christ leur répond que le pouvoir de Satan est arrivé à son terme. Est alors mentionné l'envoi en mission[6].

Le texte est le suivant : « Ceux-ci dirent pour leur défense : "Ce siècle d'impiété et d'incrédulité est sous le pouvoir de Satan qui ne permet pas que la vérité et la puissance de Dieu soient reçues par les esprits impurs ; c'est pourquoi révèle dès maintenant ta justice." Ils disaient cela au Christ et le Christ leur répondit : "Le terme des années du pouvoir de Satan est accompli, mais d'autres choses terribles approchent. Et j'ai été livré à la mort pour ceux qui ont péché afin qu'ils se convertissent à la vérité et qu'ils ne pèchent plus, afin qu'ils héritent de la gloire, de la justice, gloire spirituelle et incorruptible qui est dans le ciel."[3] »

Analyse et datation

Notes et références

  1. « Corina Combet-Galland » sur le site de Évangile et Liberté.
  2. « Les jésuites en Suisse romande ».
  3. Corina Combet-Galland, « L'Évangile selon Marc », in Daniel Marguerat (dir.), Introduction au Nouveau Testament : Son histoire, son écriture, sa théologie, Labor et Fides, 2008, p. 66-67.
  4. Traduction de Louis Segond (1910) sur Wikisource.
  5. Bruce Metzger, The Text of the New Testament: Its Transmission, Corruption, and Restoration, 4th ed., Oxford University Press, p. 80.
  6. Wilhelm Schneemelcher, New Testament Apocrypha, vol. 1, p. 248-249.

Bibliographie

  • Kurt Aland et Barbara Aland, The Text of the New Testament : An Introduction to the Critical Editions and to the Theory and Practice of Modern Textual Criticism, Wm. B. Eerdmans Publishing, 1995
  • Christian Amphoux, « La finale longue de Marc : un épilogue des quatre évangiles », in Camille Focant (éd.), The Synoptic Gospels. Source Criticism and the New Literary Criticism, BETL 110, Leuven, 1993, p. 548-555 ; et Manuel de critique textuelle du Nouveau Testament, Bruxelles, 2014, p. 275
  • Raymond E. Brown, Que sait-on du Nouveau Testament ?, Bayard, 2011 (ISBN 978-2-227-48252-4)
  • Camille Focant, L'Évangile selon Marc (Commentaire biblique: Nouveau Testament, 2), Paris, éditions du Cerf , 2004
  • Camille Focant, Marc, un évangile étonnant. Recueil d'essais (BETL, 194), Leuven, Peeters – University Press, 2006
  • Daniel Marguerat (dir.), Introduction au Nouveau Testament : Son histoire, son écriture, sa théologie, Labor et Fides, 2008 (ISBN 978-2-8309-1289-0)
  • Bruce Metzger, Textual Commentary on the Greek New Testament : a companion volume to the United Bible Societies' Greek New Testament (third edition), London, New York, United Bible Societies, 1994 (ISBN 978-3-438-06010-5)
  • Benoît Standaert, osb, L'Évangile selon Marc, Cerf, 1997
  • Étienne Trocmé, L'Évangile selon saint Marc, Labor et Fides, Genève, 2000 (ISBN 2-8309-0972-0)
  • François Vouga, avec André Couture, La Présence du royaume : Une nouvelle lecture de l'évangile de Marc, Labor et Fides/Médiaspaul, 2005

Annexes

Articles connexes

Liens externes

Médias utilisés sur cette page

Bible-open.jpg
Auteur/Créateur: David Ball, Licence: CC BY 2.5
An Antebellum era (pre-civil war) family Bible dating to 1859.
Mark16-B.JPG
A portion of the Grek Uncial MS. Codex Vaticanus, from the Vatican Library. Mark ends at 16:8.
Codex Washingtonianus W (032) Mk 16,12-17.JPG
Text of the Gospel of Mark 16:12-17 containing the "Freer Logion" in Mark 16:14
P46.jpg

Folio from Papyrus 46, containing 2 Corinthians 11:33-12:9

Transcription with spaces restituted (the bracketed portions are illegible, abbreviated or missing and are not necessarily attested by P46):

εν σαργανη εχαλασθην δια του τειχους
και εξεφυγον τας χειρας αυτου καυχασ-
θαι δει ου συμφερον μ[ε]ν ελευσομαι δε
εισ οπτασιας και αποκαλυψεις κ[υριο]υ οιδα
ανθρωπον εν χ[ριστ]ω προ ετων δεκατεσσαρων
ειτε εν σωματι ουκ οιδα ειτε εκτος του σω-
ματος ουκ οιδα ο θ[εο]ς οιδεν αρπαγεντα τον
τοιουτον εως τριτου ουρανου και οιδα τον
τοιουτον ανθρωπον ειτε εν σωματι ειτε
χωρις του σωματος ουκ οιδα ο θ[εο]ς οιδεν οτι
ηρπαγη εις τον παραδεισον και ηκουσεν
αρρητα ρηματα α ουκ εξον ανθρωπω λα-
λησαι υπερ του τοιουτου καυχησομαι υπερ
δε εμαυτου ουδεν καυχησομαι ει μη εν ταις
ασθενειαις εαν γαρ θελω καυχησομαι
ουκ εσομαι αφρων αληθειαν γαρ ερω
φειδομαι δε μη τις εμε λογισηται υπερ
ο βλεπει με η ακουει τι εξ εμου και τη
υπερβολη των αποκαλυψεων ινα μη
υπεραιρωμαι εδοθη μοι σκολοψ τη σαρκι
αγγελος σατανα ινα με κολαφιζη ινα [μη]
υπεραιρωμαι υπερ τουτου τρις [τον κυριον]
παρεκαλεσα ινα αποστη α[π' εμου και ει-]
ρηκεν μοι αρκει σοι η χα[ρις μου η γαρ]
δυναμις [εν ασθενεια τελειται ηδιστα ουν]

The New American Standard Bible (which follows P46 in all but 7 instances, 2 of which are spelling errors in P46) translates the text as follows:

...[and I was let down] in a basket [through a window] in the wall, and so escaped his hands. Boasting is necessary, though it is not profitable; but I will go on to visions and revelations of the Lord. I know a man in Christ who fourteen years ago--whether in the body I do not know, or out of the body I do not know, God knows--such a man was caught up to the third heaven. And I know how such a man--whether in the body or apart from the body I do not know, God knows--was caught up into Paradise and heard inexpressible words, which a man is not permitted to speak. On behalf of such a man I will boast; but on my own behalf I will not boast, except in regard to my weaknesses. For if I do wish to boast I will not be foolish, for I will be speaking the truth; but I refrain from this, so that no one will credit me with more than he sees in me or hears from me. Because of the surpassing greatness of the revelations, for this reason, to keep me from exalting myself, there was given me a thorn in the flesh, a messenger of Satan to torment me--to keep me from exalting myself! Concerning this I implored the Lord three times that it might leave me. And He has said to me, "My grace is sufficient for you, for power [is perfected in weakness " Most gladly, therefore, I will rather boast about my weaknesses, so that the power of Christ may dwell in me.]

In the King James Version of the Bible this is translated as:

And through a window in a basket was I let down by the wall, and escaped his hands.
It is not expedient for me doubtless to glory. I will come to visions and revelations of the Lord.
I knew a man in Christ above fourteen years ago, (whether in the body, I cannot tell; or whether out of the body, I cannot tell: God knoweth;) such an one caught up to the third heaven. And I knew such a man, (whether in the body, or out of the body, I cannot tell: God knoweth;) How that he was caught up into paradise, and heard unspeakable words, which it is not lawful for a man to utter. Of such an one will I glory: yet of myself I will not glory, but in mine infirmities.
For though I would desire to glory, I shall not be a fool; for I will say the truth: but now I forbear, lest any man should think of me above that which he seeth me to be, or that he heareth of me. And lest I should be exalted above measure through the abundance of the revelations, there was given to me a thorn in the flesh, the messenger of Satan to buffet me, lest I should be exalted above measure.
For this thing I besought the Lord thrice, that it might depart from me. And he said unto me, My grace is sufficient for thee: for my strength is made perfect in weakness. Most gladly therefore will I rather glory in my infirmities, that the power of Christ may rest upon me.