Blocus

Bataille lors du blocus du port de Toulon par la flotte britannique entre 1810 et 1814. Peinture de Thomas Luny
C-47 déchargeant à l'aéroport de Tempelhof durant le blocus de Berlin en 1948.

Un blocus (de l'ancien wallon blokehus[1]) est une opération visant à couper le ravitaillement (nourriture, armes…) ou les communications d'une zone (ville, région, pays) par la force. Aujourd'hui, le terme peut aussi être utilisé à des échelles plus restreintes, par exemple pour l'occupation d'un bâtiment. Il ne doit pas être confondu avec l'embargo ou les sanctions qui sont des barrières légales au commerce et est différent du siège qui vise plutôt une ville ou une forteresse. Historiquement, le blocus prenait place sur mer avec une puissance qui bloquait le commerce maritime avec le pays cible ; cependant bloquer les transports terrestres peut également être considéré comme un blocus.

Des patrouilles à proximité d'un port ennemi dans le but d'empêcher la sortie des forces navales est aussi appelé un blocus. Lorsqu'une ville côtière est assiégée depuis la terre, il est courant que les assaillants réalisent un blocus du côté maritime. Le blocus désigne également l'interruption des communications par le brouillage des ondes radio ou par l'endommagement des câbles sous-marins.

Types de blocus

Durant la Seconde Guerre mondiale, les U-boote tentèrent d'empêcher le transport maritime à destination de la Grande-Bretagne.

Blocus militaire

Un blocus à courte distance implique de placer ses navires à portée de vue de la côte ou du port bloqué pour assurer une interception rapide de tous les navires qui entreraient ou qui sortiraient. C'est à la fois le blocus le plus efficace et le plus difficile à mettre en place. La difficulté consiste à maintenir une présence maritime permanente en mer qui est ainsi exposée aux tempêtes et aux privations. Elle est également vulnérable face à une attaque surprise du camp ennemi dont les navires sont à l'abri dans le port et peuvent sortir à n'importe quel moment. De plus la flotte bloquante se trouve généralement loin de ses bases, ce qui accentue la difficulté.

Dans un blocus à distance, les assaillants restent à distance de la cote et tentent d'intercepter les navires. Cela requiert plus de navires mais ils peuvent opérer plus près de leurs bases et sont moins soumis aux tentatives de sorties de l'adversaire.

Un blocus détaché consiste à se positionner juste derrière la ligne d'horizon mais pas plus loin. L'objectif est de piéger l'ennemi qui croit qu'il peut sortir tout en restant suffisamment proche pour frapper.

L'amiral britannique Horatio Nelson appliqua ce type de blocus au port de Cadix en 1805. La flotte franco-espagnole sous les ordres de Villeneuve quitta le port et cela mena à la bataille de Trafalgar[2].

Blocus «pacifique»

Jusqu'en 1827, le blocus était toujours un acte de guerre. Cela changea lorsque la France, la Russie et la Grande-Bretagne vinrent en aide aux rebelles grecs dans leur lutte contre les Ottomans. Ce blocus mena à la bataille de Navarin. Cependant la guerre ne fut jamais déclarée, il est donc considéré comme le premier «blocus pacifique» à défaut d'être paisible[3]. Le premier vrai blocus pacifique sans coups de feu fut le blocus britannique de la république de Nouvelle-Grenade en 1837 dans le but de faire libérer un consul britannique[4].

Statut légal

Le président John Fitzgerald Kennedy (de dos) et ses conseillers lors de la crise des missiles de Cuba. Une partie de la réaction américaine fut de réaliser un blocus de l'île.

Acte de guerre

Un blocus est défini par l’Encyclopædia Britannica comme « un acte de guerre par lequel un belligérant empêche l'accès ou le départ d'une zone définie de la côte ennemie[5]. »

Lois gouvernementales

Qu'un blocus soit considéré comme légal ou non dépend des lois du ou des pays dont le commerce est influencé par ce blocus. Le blocus brésilien du Río de la Plata en 1826 était considéré comme légal d'après les lois anglaises mais illégal selon les lois françaises et américaines. Ces deux pays ont donc annoncés qu'ils défendraient activement leurs navires contre les Brésiliens, tandis que la Grande-Bretagne s'efforçait de parvenir à une solution pacifique entre le Brésil et l'Argentine[6].

Les blocus furent définis pour la première fois dans les lois internationales lors du congrès de Paris en 1856. Une de ses conclusions fut qu'un blocus devait être effectif pour être légal. Cela interdisait les « blocus de papier » qui étaient déclarés mais non rigoureusement appliqués et qui permettaient aux nations bloquantes de saisir les navires neutres qui commerçaient avec la nation bloquée[7]. En 1909, la déclaration de Londres fut une autre tentative pour protéger les navires neutres[8]. Ce traité ne fut ratifié que par une poignée de nations ce qui empêcha son application. Cependant certaines parties du traité furent appliquées durant la Première Guerre mondiale

Depuis 1945, le conseil de sécurité des Nations unies détermine le statut légal des blocus d'après l'article 42 de la charte des Nations unies, le conseil peut également ordonner l'application d'un blocus[9].

Planification

Une caricature nordiste ridiculise les premières tentatives nordistes de blocus des ports de la Confédération lors de la guerre de Sécession.

Le blocus dépend de trois facteurs :

  • l'importance stratégique de l'objet du blocus ;
  • le rapport de force entre l'assaillant et le défenseur ;
  • la volonté de maintenir ce blocus.
  1. L'importance de l'objet bloqué doit justifier un blocus. Par exemple, durant la crise des missiles en 1962, les objets bloqués (ou mis en quarantaine selon le vocabulaire plus protocolaire et pacifique du président Kennedy) étaient des missiles de moyenne portée pouvant délivrer une ogive nucléaire depuis Cuba.
  2. La force assaillante doit être au moins égale ou supérieure à la force défensive. Le blocus n'est efficace que si la « chose » en question peut être empêchée de pénétrer en territoire ennemi. Encore une fois, le blocus de Cuba montre que les États-Unis ont déployé un grand nombre de navires pour inspecter les cargaisons de navires allant à Cuba.
  3. Le succès du blocus dépend presque entièrement de la volonté des personnes à maintenir ce blocus. La crise cubaine illustre la volonté de maintenir le blocus en dépit du risque de guerre nucléaire.

Forceur de blocus

Le forçage de blocus désigne le transport de marchandises en direction d'une zone bloquée. Les forceurs de blocus sont souvent les navires les plus rapides bien que peu armés et protégés. Cependant, ce rôle peut être assuré par des avions comme lors du pont aérien vers Berlin.

Blocus historiques

Blocus de San Juan en 1898 lors de la guerre hispano-américaine.

Sens dérivé

Le terme désigne également un petit fort militaire, ou fortin, construit par les assiégeants pour empêcher toutes ruptures du siège[1].

En Belgique, se dit communément de la période précédant les examens universitaires lors de laquelle les étudiants étudient leurs cours[14].

En France, le terme blocus est aussi un synonyme de piquet de grève notamment lors des mouvements lycéens[15].

Référence

  1. « Le Trésor de la Langue française - Blocus », Centre national de ressources textuelles et lexicales (consulté le )
  2. Reynolds, Clark G. 1998. Navies in History, p. 98. (ISBN 1-55750-715-5).
  3. (en) L Oppenheim, International law : a treatise, Clark, N.J, Lawbook Exchange, (1re éd. 1920), 799 p., 2 vol (ISBN 978-1-58477-609-3, lire en ligne), p. 53.
  4. Encyclopædia Britannica, 11e édition. 1911. "Pacific Blockade", vol. 20, p. 433-434.
  5. blockade - Britannica Online Encyclopedia
  6. (en) Lawrence Sondhaus, Navies in modern world history, Londres, Reaktion Books, , 336 p. (ISBN 978-1-86189-202-7, lire en ligne).
  7. Encyclopædia Britannica, 11e édition. 1911. "Blockade", vol. 4, p. 72-74.
  8. (nl) Eyffinger, Arthur & Bezemer, C.H. 1991. Compendium volkenrechtsgeschiedenis, p. 176-177. T.M.C. Asser Instituut, (ISBN 9026821344).
  9. D'Amato, Anthony A. 1995. International Law and Political Reality: Collected Papers, p. 138. (ISBN 90-411-0036-9).
  10. Boardman, John & Griffin, Jasper & Murray, Oswyn. 2001. The Oxford History of Greece and the Hellenistic World, p. 166. (ISBN 0-19-280137-6).
  11. Robert Cowley, Geoffrey Parker. The Reader's Companion to Military History New York: Houghton Mifflin, 1996. on Google Books.
  12. Louis Dubar, « Guerre en Ukraine : comprendre le blocus de la mer Noire », sur publicsenat.fr, (consulté le )
  13. « Le blocus d’Odessa, enjeu mondial », sur france24.com/fr avec AFP er Reuters, (consulté le )
  14. Lebouc, G., Dictionnaire des belgicismes, Lannoo Uitgeverij, 2006
  15. site de l'UNL (syndicat lycéen) http://www.unl-fr.org/index.php?option=com_content&view=article&id=341&catid=31:faq&Itemid=129#leblocusestil

Voir aussi

Articles connexes

Médias utilisés sur cette page

C-47s at Tempelhof Airport Berlin 1948.jpg
U.S. Navy Douglas R4D and U.S. Air Force C-47 aircraft unload at Tempelhof Airport during the Berlin Airlift. The first aircraft is a C-47A-90-DL (s/n 43-15672).
Uboatsafterthewar.jpg
A Type VII (U-953) and a Type IX (U-861) submarine alongside each other outside the submarine pens at Trondheim after the war. May 19, 1945.
On the blockade off San Juan, 1898.jpg

On the blockade off San Juan - "Under the cruiser's guns"

From Harper's Pictorial History of the War with Spain, Vol. II, published by Harper and Brothers in 1899.
President Kennedy with advisors after EXCOMM meeting, 29 October 1962 crop.jpg
ST-A26-13-62 29 October 1962 President Kennedy and advisors confer after EXCOMM Meeting of 29 October, 1962. L-R: Special Assistant McGeorge Bundy, President Kennedy, Assistant Secretary of Defense Paul Nitze, Chairman of the Joint Chiefs of Staff General Maxwell Taylor, Secretary of Defense Robert McNamara. White House, West Wing Colonnade.
Blockade of Toulon, 1810-1814.jpg
The Blockade of Toulon, 1810-14: Pellew's Action, 5 November 1813

An incident in the blockade of Toulon, the principal French Mediterranean naval port, towards the end of the Napoleonic War. By the autumn of 1813 the French fleet at Toulon had built up to 21 sail of the line and 40 frigates, all ready for sea. Units of this fleet exercised regularly and on 5 November between 12 and 14 ships of the line, six frigates and a schooner, all commanded by Vice-Admiral Maurice Emeriau, left port with a favourable wind that later changed direction and caused them some difficulties.

The inshore squadron of Vice-Admiral Sir Edward Pellew's fleet consisted of four frigates, 'Mulgrave', 'Pembroke', 'Armada', and 'Scipion'. Captain Henry Heathcote, the British senior officer in charge of the squadron, immediately made efforts to cut off the French ships frantically trying to return to port. In the early afternoon several larger British units, including Pellew in his flagship, 'Caledonian', 120 guns, managed to make contact with the French who none the less succeeded in escaping.

Luny has interpreted the moment when Rear-Admiral Cosmao-Kerjulien and his squadron head for the safety of Toulon Harbour. This is depicted in the left middle distance, where units of the French fleet can also be seen moored bow-on in the extreme left background. The high coast of France around Toulon has been depicted in the background, with a defence post visible on the hill to the left and one on a rocky outcrop on the far right. In the centre left foreground is a French two-decker that has stayed behind. She has just received a broadside on her port quarter from the 'Caledonian', seen almost in starboard-broadside view. The Frenchman's main topmast is shot through and falling and her spanker yard is shot in two. To the right of the 'Caledonian' is Captain George Burlton's 'Boyne', 98 guns, in starboard-bow view. The painting dates from seventeen years after the event and the artist has inscribed it 'T.Luny 1830' on the left, on a floating spar.

Blockade of Toulon, 1810-1814: Pellew's action, 5 November 1813